Vibe coding : peut-on vraiment créer son site avec l’IA ?
“Créez votre site en 10 minutes grâce à l’IA.” Si vous passez un peu de temps sur LinkedIn ou YouTube, vous avez forcément vu passer cette promesse. Elle a même un nom : le vibe coding.
Le principe ?
Vous décrivez ce que vous voulez en langage naturel — ” Fais-moi un site vitrine pour mon domaine viticole, avec une page de présentation et un formulaire de contact ” — et l’intelligence artificielle génère le code pour vous. Pas besoin de savoir programmer. Pas besoin d’agence.
On pourrait vous expliquer que tout ça, c’est de la poudre aux yeux, que rien ne remplacera jamais un professionnel. Ce serait faux — et vous ne nous croiriez pas, à raison.
La réalité est plus nuancée : le vibe coding fait certaines choses remarquablement bien, et d’autres pas du tout. Voici ce qui marche, ce qui casse, et surtout comment décider ce qui est pertinent pour vous.
Ce que le vibe coding fait vraiment bien
Commençons par ce qui fonctionne :
Prototyper une idée. Vous avez un concept de service en tête et vous voulez le montrer à des partenaires avant d’investir ? En quelques heures, l’IA vous génère une maquette fonctionnelle. Il y a deux ans, il fallait plusieurs jours de travail pour obtenir le même résultat.
Tester avant d’investir. Une page d’atterrissage simple pour valider qu’un marché existe, un mini-site événementiel qui vivra trois semaines, un formulaire d’inscription pour une opération ponctuelle : le vibe coding est parfaitement adapté.
Bricoler des outils internes. Un petit calculateur pour votre équipe, un tableau de suivi maison : quand le site n’est vu que par trois personnes bienveillantes, la perfection n’est pas requise.
Et soyons transparents jusqu’au bout : à l’agence aussi, nous utilisons l’IA au quotidien. Elle nous fait gagner du temps sur certaines tâches, elle nous aide à explorer des pistes. C’est un vrai outil de travail, pas un gadget.
Alors, où est le problème ?
La démo impressionnante n’est pas la mise en production
Voilà le point que les vidéos “j’ai créé mon site en 10 minutes” ne montrent jamais : ce qui se passe après.
Un site vibe-codé a l’air de marcher. Il s’affiche, les boutons cliquent, les pages s’enchaînent. Mais un site professionnel ne se juge pas sur une démo de deux minutes : il se juge sur ce qui ne se voit pas. La sécurité. La conformité légale. La performance. L’accessibilité. La capacité à évoluer pendant des années.
Et c’est précisément là que se cachent cinq angles morts.
Angle mort n°1 : la sécurité et la maintenance
Un site web n’est pas un objet qu’on fabrique une fois pour toutes. C’est un organisme vivant : des mises à jour à appliquer, des sauvegardes à vérifier, des failles de sécurité à surveiller, des extensions qui deviennent obsolètes.
Nous intervenons régulièrement sur des sites piratés. Récemment encore, nous avons remis sur pied le site d’un client infecté par un logiciel malveillant : des redirections invisibles envoyaient ses visiteurs vers des sites frauduleux. Le temps de détecter, nettoyer, sécuriser et faire retirer le site des listes noires de Google, ce sont des jours de travail — et pendant ce temps, une réputation qui s’abîme, un référencement qui plonge, des clients qui ne reviennent pas.
Maintenant, posez-vous la question : votre site vibe-codé tombe en panne un dimanche soir, ou pire, se fait pirater. Vous faites quoi ? Vous re-demandez à l’IA de “réparer” ? Encore faut-il savoir diagnostiquer le problème. L’IA génère du code, mais elle ne surveille rien, ne sauvegarde rien, et ne décroche pas le téléphone.
Angle mort n°2 : la dépendance à l’IA (et à sa plateforme)
C’est l’angle mort le plus sournois, parce qu’il se déguise en autonomie.
Le vibe coding vous donne un site sans vous donner la compréhension du code qui le fait tourner. Concrètement, cela signifie que la moindre modification — changer un tarif, ajouter une rubrique, corriger un détail d’affichage — repasse obligatoirement par l’IA. Et quiconque a pratiqué l’exercice le sait : en “corrigeant” un élément, l’IA en casse parfois un autre, ailleurs, sans prévenir.
Ajoutez à cela la dépendance à la plateforme elle-même. Que se passe-t-il si l’outil que vous utilisez devient payant, triple ses tarifs, change ses conditions d’utilisation ou ferme purement et simplement ? Le marché de ces outils est jeune, mouvant, et rien ne garantit que votre plateforme favorite existera encore dans deux ans.
Enfin, le code généré par IA est souvent difficile à reprendre par un développeur tiers : structure incohérente, choix techniques non documentés, dépendances exotiques. Le jour où vous voudrez confier votre site à un professionnel, il devra parfois… tout refaire.
On croit gagner en autonomie. On obtient l’inverse : un site que personne — pas même vous — ne maîtrise vraiment.
Angle mort n°3 : la conformité française
Les IA génératives sont majoritairement entraînées sur du contenu anglophone, et cela se voit dans le code qu’elles produisent. Ce qui est standard aux États-Unis ne l’est pas en France.
Résultat, les sites vibe-codés présentent presque systématiquement les mêmes lacunes : mentions légales incomplètes ou absentes, gestion des données personnelles approximative au regard du RGPD, bandeau cookies non conforme aux exigences de la CNIL. Pour les sites marchands, c’est encore plus sérieux : nous avons vu des tunnels de vente générés par IA sans les informations précontractuelles obligatoires, et sans la moindre mention du droit de rétractation de 14 jours — pourtant imposé par le Code de la consommation.
Et voici le point essentiel, celui qu’il faut vraiment retenir : c’est vous, propriétaire du site, qui êtes juridiquement responsable. Pas l’outil qui l’a généré. En cas de contrôle ou de litige, l’IA ne sera jamais mise en demeure à votre place.
Angle mort n°4 : la performance et la sobriété
Regardez sous le capot d’un site généré par IA et vous trouverez souvent la même chose : des bibliothèques de code chargées entières pour n’en utiliser que 5 %, des images non optimisées, aucune stratégie de cache, des scripts superflus qui s’empilent.
Les conséquences sont très concrètes : un site lent, donc pénalisé par Google, donc moins visible. Un site lourd, donc énergivore — chaque page chargée consomme des ressources sur des serveurs, des réseaux, des terminaux.
Chez Pulsi, l’éco-conception n’est pas un argument marketing : c’est une méthode de travail, encadrée par des référentiels comme le RGESN (Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques). Un site sobre, rapide et durable est le résultat de choix délibérés à chaque étape. Ce n’est jamais un accident — et certainement pas le produit par défaut d’une génération automatique.
Angle mort n°5 : l’accessibilité
Environ une personne sur six vit avec un handicap. Un site accessible, c’est un site utilisable par tous : personnes malvoyantes utilisant un lecteur d’écran, personnes naviguant uniquement au clavier, personnes ayant des difficultés cognitives ou motrices.
Le code généré par IA ignore à peu près tout du RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) : contrastes de couleurs insuffisants, navigation au clavier impossible, attributs d’assistance approximatifs ou absents, images sans alternatives textuelles.
Ce n’est pas qu’une question d’éthique. Pour le secteur public, l’accessibilité est une obligation légale de longue date. Et depuis juin 2025, la directive européenne sur l’accessibilité l’étend à une partie du secteur privé, notamment le e-commerce. Là encore, la responsabilité incombe à l’éditeur du site — c’est-à-dire vous. Un site inaccessible, c’est à la fois des visiteurs exclus, des clients perdus et une exposition juridique.
La vraie question : prototype ou site professionnel ?
Vous l’aurez compris, le débat “IA contre agence” est mal posé. La vraie question est ailleurs : de quoi avez-vous besoin — d’un prototype ou d’un site professionnel ?
| Le vibe coding est pertinent si… | L’accompagnement professionnel s’impose si… |
|---|---|
| Vous testez une idée avant d’investir | Votre site est la vitrine durable de votre activité |
| Le site a une durée de vie courte (événement, opération) | Vous vendez en ligne (conformité, paiement, rétractation) |
| L’outil est à usage interne | Vous êtes une collectivité ou un organisme public (RGAA obligatoire) |
| Une panne n’aurait aucune conséquence | Une panne ou un piratage aurait un coût réel pour vous |
Deux colonnes, deux usages, aucun mépris pour l’un ou l’autre. L’erreur n’est pas d’utiliser le vibe coding : c’est de confier à un prototype le rôle d’un site professionnel.
Vous restez responsable de votre site. La question, c’est : qui est à vos côtés ?
Retenez une chose de cet article : que votre site soit généré par une IA ou construit par une agence, vous en restez seul responsable — juridiquement, commercialement, techniquement. Cette responsabilité, aucun outil ne la portera à votre place.
La différence, c’est l’accompagnement. Une agence est là pour anticiper les problèmes avant qu’ils n’arrivent, intervenir quand ils arrivent quand même, et faire vivre votre site dans la durée — sans jamais vous enfermer dans un outil que personne ne maîtrise. Seul face à son code généré, on est… seul.
C’est exactement ce rôle-là que nous jouons auprès de nos clients depuis des années : concevoir des sites sobres, accessibles et conformes, puis rester à leurs côtés pour la suite.
Vous avez un site — vibe-codé ou non — et vous vous demandez où il en est vraiment ? Parlons-en.
FAQ
Qui est responsable d'un site créé avec l'IA ?
Le propriétaire du site, et lui seul. Que le code ait été écrit par une IA, un indépendant ou une agence, c’est l’éditeur du site qui répond de sa conformité légale (RGPD, mentions légales, droit de la consommation, accessibilité). Aucune plateforme de vibe coding n’assume cette responsabilité à votre place.
Peut-on modifier soi-même un site créé par IA ?
Difficilement. Sans compréhension du code généré, chaque modification repasse par l’IA, avec un risque réel de casser un élément en en corrigeant un autre. Et le code produit est souvent complexe à reprendre pour un développeur tiers, faute de structure claire et de documentation.
Un site généré par IA est-il conforme au RGPD et au RGAA ?
Presque jamais par défaut. Les IA sont entraînées majoritairement sur du web anglophone et ignorent largement les obligations françaises et européennes : consentement des cookies, mentions légales, droit de rétractation, accessibilité RGAA. La mise en conformité nécessite une expertise humaine.